Les Adventistes du Septième Jour [1] étaient persuadés que ce passage et ce nombre particulier de 144 000 les concernaient. De leur côté, les Témoins de Jéhovah [2] prévenaient ceux qui voulaient bien les écouter que la fin du monde surviendrait au jour où leurs adeptes auraient atteint ce nombre fatidique de 144 000. Lorsque le 144 001 adepte se joignit à eux, ils ne voulurent évidemment pas le refuser. Force leur fut alors de modifier leur théorie et de trouver une autre explication [3].
Le mystère fait autour de ces 144 000 a donné lieu aux hypothèses les plus invraisemblables. Mais si la Bible désigne nommément chacune des douze tribus d’lsraël, n’est-ce pas pour souligner la seule explication rationnelle de ce passage ? Ces 1 44 000 sont, sans conteste, des Israélites devenus serviteurs de Dieu et marqués de son sceau [4].
Quand Dieu cite des chiffres, ils sont précis. Lors de la bataille contre Madian, au temps du sacrificateur Eléazar, Moïse envoya 12 000 soldats israélites au combat, 1 000 par tribu et il n’en manqua pas un seul à l’appel au retour du champ de bataille (Nb 31 : 3 à 6, 48 et 49). Au temps d’Elie, il y eut 7 000 hommes qui n’avaient pas fléchi les genoux devant Baal (1 Rs 19 : 18). A la Pentecôte, la Bible parle de 3 000 convertis (Ac 2 : 41). Pendant la Grande Tribulation, ce sont 144 000 israélites (12 000 par tribu) qui seront choisis parmi les millions de Juifs présents sur la terre pour être marqués du sceau de Dieu comme dans la vision d’Ezéchiel [5] (Ez 9 : 4) et pour résister à l’Antichrist. Et si la plupart des Israélites ne savent pas de quelle tribu ils sont issus, Dieu, lui, le sait et ne fera pas d’erreur.
N’oublions pas que les noms des douze tribus d’Israël cités en Apocalypse 7 ont chacun une signification propre ; cette signification est donnée dans la Genèse à mesure que naissent les fils de Jacob et les fils de Joseph. Sans doute les 144 000 témoins juifs vivront-ils dans sa plénitude le message qui illustre chacun de leurs noms, message qui annonce la bénédiction messianique et salue de loin le glorieux retour de Jésus-Christ :
- Juda : louange (Gn 29 : 35 et 49 : 8)
- Ruben : voici un fils (Gn 29 : 32)
- Gad : quel bonheur (Gn 30 : 11)
- Aser : heureux, béni (Gn 30 : 12)
- Nephthali : lutter, vaincre (Gn 30 : 8)
- Manassé : oublier (Gn 41 : 51)
- Siméon : écouter (Gn 29 : 33)
- Lévi : attacher (Gn 29 : 34 et 35)
- Issacar : salaire, récompense (Gn 30 : 18)
- Zabulon : habiter (Gn 30 : 20)
- Joseph : ajouter (Gn 30 : 24)
- Benjamin : fils de ma droite (Gn 35 : 18)
Dans cette liste, deux absents : Ephraïm et Dan. Cette absence a fait couler plus d’encre que la présence des douze autres. L’omission d’Ephraïm, fils cadet de Joseph, s’explique par le maintien du nom de son père. Celle de Dan est plus énigmatique. Diverses hypothèses ont été proposées pour expliquer ces deux omissions :
- a) l’omission de ces deux tribus s’expliquerait par le sens étymologique de leurs noms : Ephraïm dérive d’un mot qui signifie « être fécond, multiplier » (Gn 41 : 52) ; or, à ce moment-là, ce nom n’aura plus sa raison d’être puisque l’effectif de chaque tribu ne dépassera pas 12 000 élus. Dan, d’un mot qui signifie « juger, rendre justice » (Gn 30 : 6), ne remplira pas un rôle de juge, exclusivement réservé au Seigneur souverain.
- b) l’omission de ces deux tribus serait une conséquence, à longue échéance, du péché de Jéroboam : ce roi d’lsraël avait érigé deux veaux d’or dans son royaume, l’un à Dan et l’autre à Béthel (territoire d’Ephraïm) ; ces veaux furent « une occasion de péché » pour tout le peuple (1 Rs 12 : 29 et 30). Dieu aurait donc tenu rigueur de leur idolâtrie à ces deux tribus et les aurait exclues de son service au temps de l’Antichrist.
- c) l’omission de Dan résulterait d’une malédiction prononcée sur lui dès l’origine : lorsque Jacob prononça ses paroles prophétiques sur ses fils, voici ce qu’il dit sur Dan : « Dan sera un serpent sur le chemin, Une vipère sur le sentier, mordant les talons du cheval, pour que le cavalier tombe à la renverse. » (Gn 49 : 17) Certains commentateurs ont fait un rapprochement avec la parole du prophète décrivant la félicité du millénium : « Le serpent aura la poussière pour nourriture. Il ne se fera ni tort ni dommage sur toute ma montagne sainte, dit l’Eternel. » (Es 65 : 25) Pour eux, l’omission de Dan (symbolisé par un serpent) signifiait clairement que cette tribu devait être exclue de la gloire future et même de la mission confiée aux Israélites pendant la Grande Tribulation [6].
Ceci étant, ces mystères restent entiers, placés là de par la volonté de Dieu. Il est toutefois réconfortant de constater qu’Ephraïm et Dan, les deux tribus absentes d’Apocalypse 7, seront restaurées, puisqu’elles recevront toutes deux leur part d’héritage lors du rétablissement terrestre d’lsraël, prédit en Ezéchiel 48. (Ez 48 : 1 et 5)
Quoi qu’il en soit, ces 144 000 vainqueurs constitueront le « reste d’lsraël » si fréquemment évoqué par les prophètes et que Paul a rappelé (Rm 11 : 4). Ils seront tous marqués du sceau de Dieu et le Seigneur sanctionnera leur témoignage. Ainsi accompliront-ils partiellement la promesse de Joël, cette promesse citée par l’apôtre Pierre au jour de la Pentecôte (Ac 2 : 16 à 21), mais dont la plus grande partie attend encore sa réalisation :
« Après cela, je répandrai mon Esprit sur toute chair ; vos fils et vos filles prophétiseront, vos vieillards auront des songes, et vos jeunes gens des visions. Même sur les serviteurs et sur les servantes, dans ces jours-là, je répandrai mon Esprit. Je ferai paraître des prodiges dans les cieux et sur la terre, du sang, du feu, et des colonnes de fumée ; le soleil se changera en ténèbres et la lune en sang, avant l’arrivée du jour de l’Eternel, de ce jour grand et terrible. Alors quiconque invoquera le nom de l’Eternel sera sauvé ; le salut sera sur la montagne de Sion et à Jérusalem, comme a dit l’Eternel, et parmi les réchappés que l’Eternel appellera. » (Jl 2 : 28 à 32)
Les chapitres 6, 7 et 8 de l’Apocalypse décrivent le bouleversement cosmique prédit par le prophète Joël, bouleversement qui doit précéder l’intronisation du Roi sur la montagne de Sion. C’est donc bien dans ce contexte que l’Esprit de Dieu se répandra sur certains Israélites qui deviendront vraisemblablement à ce moment-là les missionnaires de l’Evangile du royaume dans le monde.
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